On y est !
Un petit coup d'oeil rapide (et de travers) sur la 4ème de cover, avec une illustration inédite de Matthias Haddad.
Je vous invite également à faire un tour du côté de la Boîte à Heuhh, où vous trouverez une interview de Julien Heylbroeck himself à propos du jeu.
Et quoi de mieux pour terminer cet article qu'une nouvelle de notre ami Cédric Burgaud, dont vous aurez apprécié la plume durant ces derniers mois ? Un grand merci à lui.
***
Anke s’enfuyait. Encore et encore. Pendant trois jours, des soldats la traquaient bien qu’elle ait réussi à se débarrasser de tout ce qui pourrait leur permettre de la retrouver, uniforme, armes, plaques. Et pourtant, ils étaient toujours là. En travers de son chemin. Des soldats innocents qu’on envoyait pour la harceler, la fatiguer.
Puis, un jour ou l’autre, ils enverront leurs soldats d’élite. Ses anciens compagnons d’arme. Prisonniers, manipulés par des officiers aux visions étroites et totalitaires. Elle avait été leur jouet pendant un temps. Un long moment. Mais elle avait décidé de changer cela. De quitter son campement et de s’enfoncer à travers les lignes vers Warsaw, la capitale d’une Pologne dévastée par des années de conflits et dans laquelle survivait une masse insoupçonnée de civils et de déserteurs. Elle espérait rejoindre une de ses factions et survivre avec eux avant de partir vers un endroit plus calme. La campagne peut-être. Plus au nord. Puis le Danemark, la Suède ou l’Angleterre (?).
Un nouvel officier lui barra la route. Encore un qui ne comprendrait pas qu’il était déjà mort, qui ne comprendrait pas comment il allait mourir alors qu’une douleur fulgurant lui traversait les entrailles. Un de plus sur sa liste de pauvres victimes. Un de plus. Ne pouvaient-ils donc pas la laisser tranquille !?
Durant cinq jours, les rencontres continuèrent. Sa liste de morts s’allongeait. Ils venaient, équipés des armes les plus diverses que le Neureich pouvait leur fournir, mitraillettes légères, pistolets, lance-grenades, armes anti-char, lance-flammes. Toute la panoplie. Et pourtant, aucun de ceux qu’elle avait rencontrés n’avait eu le temps de s’en servir. Malheureusement, il y avait cette douleur qui lui vrillait l’estomac. A chaque fois.
Elle eut trois jours de répit. Trois jours qu’elle goûta avidement car ils seraient ses derniers. Et ses plus beaux. Elle avança encore parmi les ruines, ne cherchant plus à se cacher et profitant du soleil qui avait miraculeusement percé la couche nuageuse. Le quatrième jour, aux pieds d’un moulin, elle s’assit, résignée. Elle savait ; elle l’avait vu, cheminant parmi les décombres, sûr de lui et désarmé.
Il la trouva ainsi, dos au mur du moulin dont les ailes ne tournaient plus depuis longtemps.
- C’est la fin Anke. Ta désertion s’arrête là, lui dit-il.
- Je sais. Mais pendant trois jours, j’ai été libre.
- C’est ce que tu crois. Personne n’est libre, personne.
Anke sourit.
- Tu te trompes, Jürgen. Nous sommes toujours libres.
Sans rien ajouter d’autre, Anke leva son poing fermé sur un pistolet, ferma les yeux et tira. Jürgen, interloqué, la regarda longuement après qu’elle se soit libérée. Son visage avait une expression qu’il n’avait jamais vue sur les visages qu’il côtoyait. Une expression qu’il n’avait jamais eue et qu’il n’aurait probablement jamais. Une expression de sérénité. Une expression de liberté.
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